SPÉCIFICITÉS DE L'ACTIVITÉ

La gymnastique rythmique est une activité de production de figures (engin et corps) destinée à être vue et jugée. La principale difficulté pour le débutant comme pour l'expert, consiste à coordonner ses déplacements et les mouvements de l'engin dans la perspective d'un enchaîne-ment, seul ou à plusieurs, en relation avec la musique. Cet enchaînement est jugé selon un code qui prend en compte trois critères : la difficulté, c'est-à-dire le risque pris (le risqué), l'originalité (l'expressif) et la virtuosité (la maîtrise des difficultés: le beau, l'enchaîné). II s'agit donc de tenir successivement les rôles de gymnaste, d'observateur, de partenaire, de spectateur et de juge et d'accepter de montrer, d'observer, de juger les productions le plus objectivement possible. Le gymnaste joue avec un ensemble d'éléments qui sont :

* l'engin (ballon, cerceau, corde, ruban, massues, celles-ci étant peu utilisées à l'école pour des raisons de sécurité) ; l'espace (hauteur, plans, trajectoires et trajets) ;

* l'univers musical ;

* le temps (rythme, durée des actions, continuité du mouvement de l'engin) ;

* l'énergie (mouvement du corps, enchaîne-ment et répétition de plusieurs actions, respect des lois mécaniques de chaque engin) ;

* les autres (partenaires, adversaires, juges, spectateurs).

Les composantes de l'activité s'articulent autour de quatre intentions :

* manipuler, développer la virtuosité dans la recherche d'une nouvelle utilisation de l'engin et explorer les différentes actions qui lui sont liées ;

* être en mouvement, se déplacer avec l'engin, réaliser des figures corporelles pendant qu'il est mobile, se déplacer ou déplacer une partie du corps lorsqu'il est en vol ;

* libérer et rattraper, accepter de se séparer de l'engin avant de le lancer, puis en assurer la réception dans un volume spatial de plus en plus grand et dans des conditions de plus en plus précaires ; communiquer, échanger, se défier, se produire seul, ensemble, face à des spectateurs ou à un jury.

Au début, les manipulations de l'engin sont privilégiées. Les actions se situent surtout dans l'espace avant, sans remise en cause de l'équilibre usuel. La focalisation visuelle sur l'objet est importante. Les déplacements du corps (marcher, courir, tourner, sauter, se balancer, s'étirer, se renverser) sont ensuite associés, puis enchaînés, voire combinés (expert) avec une manipulation de l'engin (engin sur le corps, loin de soi, en concordance avec les gestes et la musique).

ENJEUX DE FORMATION

Les enjeux de formation recouvrent à la fois des compétences spécifiques et des compétences générales.

Les compétences spécifiques sont :

* développer sa sensibilité et le pouvoir expressif de son corps en jouant avec un engin;

* s'exprimer avec un engin en suivant différents rythmes ;

* réaliser des actions dans lesquelles le risque pris est maîtrisé grâce à la réception assurée de l'engin ;

* hiérarchiser les actions en vue de construire un code ;

* synchroniser les actions de l'engin, du corps et les relations aux autres.

Les compétences générales sont :

* s'engager seul ou à plusieurs dans un projet de production ;

* oser montrer ses exploits à d'autres élèves et à un public;

* apprécier la prestation d'autrui selon des critères objectifs prédéfinis par la classe (code) ;

* choisir, stabiliser, mémoriser pour reproduire ;

* prendre conscience des moyens les plus aisés pour réussir l'exploit.

EXIGENCES MINIMALES POUR L'ENSEIGNANT

L'enseignant doit s'assurer que l'espace d'action est suffisant pour permettre à tous les enfants de manipuler sans se gêner, suffisamment haut pour encourager les lancers-rattrapers. Il faut compter un engin par enfant pour satisfaire le plaisir d'agir et de manipuler. Dès le début, il doit proposer des supports musicaux variés (rythmes, cultures) sollicitant des mouvements de l'engin et des déplacements diversifiés. Il prévoit des temps distincts pour s'essayer et montrer dans des espaces organisés (espace scénique). Dans toute situation de production, le début et la fin doivent être marqués (immobile, en statue). L'engin doit toujours être en mouvement.

L'enseignant relance et rebondit sur les réponses prometteuses: l'élève utilise de façon optimale non seulement l'espace avant mais aussi tout l'espace vertical (haut, bas et arrière). L'enseignant souligne les aspects intéressants, sollicite, encourage les enfants à diversifier leurs productions. Il doit faire respecter des étapes:

* explorer et manipuler individuellement chacun des engins pour ouvrir le répertoire des possibles et inventorier ;

* exploiter et mémoriser les prouesses et s'y exercer ;

* faire seul, puis à deux et enfin à plusieurs ;

* organiser et composer un court enchaîne-ment d'actions ;

* enrichir la production au fur et à mesure ;

* mettre en scène.

REPÈRES POUR L'ENSEIGNANT

Modes d'entrée

Voici trois modes d'entrée possibles pour la gymnastique rythmique :

* l'exploit (faire quelque chose d'étonnant est très attractif pour les enfants, surtout pour les garçons)

* l'originalité (créer ses gestes, ses mouvements, inventer) ;

* l'esthétique et l'émotion (produire du beau est un domaine privilégié par les petites filles, mais qui est en fait assez difficile d'accès).

Repères de progrès

Les progrès des élèves sont tangibles dès lors qu'ils passent :

* à une prise de l'engin de plus en plus souple;

* à une amplitude des gestes de plus en plus marquée ;

* de l'engin près du corps à l'engin mis à dis-tance ;

* d'une centration visuelle permanente sur l'engin à une décentration progressive ;

* à un engin mobilisé de plus en plus en continuité, dans les différents plans ;

* de déplacements limités, dans lesquels l'espace avant est privilégié, à des déplacements indépendants des mouvements de l'engin, dans lesquels tous les espaces sont exploités.

Pour les enfants, la gymnastique rythmique est une activité d'exploits dans laquelle les prouesses sont essayées, inventoriées, nommées, reconnues, puis hiérarchisées par la classe. La démarche progressive consistant à identifier ce qui est facile et ce qui est difficile selon les réussites, contribue à élaborer un répertoire des actions possibles et un code de difficulté par les élèves.

(Voir le tableau de comparaison entre les trois cycles)

Continuité des apprentissages

Le cycle dans lequel s'inscrit l'unité d'apprentissage oriente les prises de décision de l'enseignant. Nous esquissons ci-après les grandes lignes des priorités sur lesquelles s'appuyer pour choisir et mettre en oeuvre des situations au cours des différents cycles de la scolarité en gymnastique rythmique.

Cycle 1 : des manipulations variées et essentiellement individuelles

S'appuyer sur la signification émotionnelle de l'activité

II s'agit à la fois du plaisir fonctionnel d'exercer son pouvoir sur un objet dans un but ludique et de rechercher l'exploit dans sa manipulation. On peut proposer la manipulation d'engins variés, spécifiques (ballons, cerceaux, corde-lettes, rubans) ou non (foulards légers et fluides, sacs plastique). La recherche de l'exploit passe par l'exigence de l'enseignant : ne pas perdre son engin et/ou le garder en mouvement.

Mettre en place la relation acteurs/spectateurs dès les premières séances

II s'agit de montrer aux autres ce que l'on est capable de faire seul avec tel ou tel engin. Les élèves jouent le rôle de gymnastes puis de spectateurs, travaillent par groupe d'engins ou par demi-groupe. Avoir à montrer ses exploits conduit les gymnastes à davantage de concentration et d'application. Cet échange permet de s'enrichir par imitation, d'apprendre à apprécier l'action des autres comme spectateur, de valoriser les actions réussies, de les nommer pour réaliser un catalogue des actions possibles.

Utiliser le support musical

II faut proposer des musiques suffisamment contrastées pour transformer le mouvement dans son dynamisme et son amplitude sans qu'il y ait d'ajustement strict entre musique, mouvement du corps et de l'engin. La musique indique le début et la fin de la production.

Compétences attendues à la fin de la moyenne section

La classe établit un répertoire d'actions selon les engins manipulés, que les élèves savent nommer et utiliser à leur façon.

* En tant que gymnastes, les élèves sont capables d'imaginer et de proposer des actions à réaliser.

* En tant que spectateurs, ils apprécient l'action des autres.

II faut proposer des musiques suffisamment contrastées pour transformer le mouvement dans son dynamisme et son amplitude sans qu'il y ait d'ajustement strict entre musique,

Cycle 2 : des manipulations à deux à l'enchaînement d'actions

Coordonner une action et un déplacement, les enchaîner

On ne met plus seulement l'accent sur la manipulation des engins, mais également sur la mis en mouvement constante de l'engin et du gymnaste. On recherche les déplacements et le actions en adéquation avec les engins utilisé pour en garder la maîtrise. Il s'agit d'invente et de construire un enchaînement d'au moins deux actions (manipulations et déplacements)

Établir un système de valeurs

On construit un système de valeurs dans la relation acteurs/spectateurs, à partir du catalogue des actions établies, de la recherche de variété dans les déplacements et de l'exigence de maîtrise. On identifie les actions les plus difficiles et les mieux maîtrisées. On les hiérarchise en instaurant un code commun à la classe. L'enseignant incite à verbaliser ce qui est enchaîné ou non et sa raison. On impose des exigences

nouvelles quant à l'occupation de l'espace et la structuration du temps (rythme, durée).

Prendre en compte le partenaire

On propose de faire comme..., faire avec..., d'exécuter la même action, le même déplace-ment, en suivant le partenaire, côte à côte, face à face. A deux, les enfants peuvent s'échanger les engins (essentiellement ceux qui roulent, ballons et cerceaux).

Gérer le temps musical

On demande à l'élève de changer d'engin à chaque fois que commence une nouvelle plage musicale et de changer d'action à chaque arrêt de la musique. Il peut réaliser un enchaînement simple sur une musique déterminée en faisant correspondre le début et la fin du morceau avec le début et la fin de l'enchaînement. Il peut également échanger son engin avec son partenaire à un certain moment de la phrase musicale.

Compétences attendues en fin de cycle 2

Les élèves élaborent un catalogue écrit des déplacements, des manipulations et des figures réalisées avec les engins.

* En tant que gymnastes, ils peuvent réaliser, seul ou à deux, un enchaînement d'actions simples en relation directe avec le support musical, selon un système de valeurs élaboré par la classe, qui se fonde sur des critères de beauté et de difficulté.

* En tant que spectateurs, ils sont capables de juger à partir de critères d'observation pré-définis.

Cycle 3 : de la variété dans les exploits individuels à l'élaboration d'une prestation de groupe

Les exploits s'entendent seuls ou à deux, le groupe pouvant compter jusqu'à quatre membres.

Rechercher une plus grande maîtrise des enchaînements d'actions

En partant de la hiérarchisation des actions selon leur difficulté, leur originalité et leur maîtrise (code de valeurs établi au cycle précédent), on explore la variété des enchaînements: les engins sont de plus en plus loin du corps, les déplacements s'effectuent au sol, les trajectoires utilisent l'espace arrière...

On insiste sur l'originalité et le risque, la maîtrise se traduisant par la mobilisation continue et contrôlée de l'engin.

On cherche à produire des mouvements en continu, en passant d'un espace ou d'un plan à un autre le plus harmonieusement possible,

Sans maltraiter l’engin.

Établir un code de valeurs propre à la classe

Après avoir été hiérarchisées, les actions et les figures réalisées avec les engins sont notées selon leur degré de difficulté, d'originalité et de maîtrise. La prestation n'est plus seulement appréciée, mais elle est aussi jugée. Les élèves tiennent des rôles différents (gymnaste, spectateur, juge).

Élaborer une prestation à plusieurs

Faire des choix et se mettre d'accord à plu-sieurs suppose de tenir compte des engins et de l'enchaînement des autres pour élaborer le sien. Il s'agit de maîtriser son enchaînement d'actions et de le coordonner avec celui de ses partenaires. On travaille alors sur les formations et les types d'évolution dans l'espace (par deux, en cercle, en ligne, face à face, sur place ou non) et on les code. Des effets spectaculaires sont recherchés : tous ensemble, en décalé, en symétrie ou non. Enfin, le groupe code la chorégraphie (enchaînement des actions, trajectoires, formations) pour la mémoriser.

Agir en relation avec la musique

La musique marque toujours le début et la fin de la prestation. Il faut jouer sur son style, son caractère, son rythme, varier les dynamismes pour encourager le jeu expressif. Musique, actions sur l'engin et mouvements du groupe doivent être synchronisés. Par exemple, on peut échanger les engins ou changer de formation à des moments particuliers de la musique.

Compétences attendues en fin de cycle 3

Le code de l'activité élaboré par la classe au début du cycle 3 est confronté à d'autres puis mis en commun dans le cadre de rencontres interclasses.

* Les gymnastes peuvent réaliser une prestation à plusieurs en variant les formes de groupement et d'évolution au sein du groupe et en modifiant leurs actions en relation avec le support musical.

* Les spectateurs savent apprécier la prestation selon son niveau de difficulté, d'originalité et de maîtrise. Les juges font fonctionner le code de valeurs pour apprécier et noter la prestation.